6 novembre 2026 - 14:00 / 19:00
(*) sous réserve d'autorisation de soutenance
Titre : Tripoli (Liban) entre mémoire et numérique : pour une valorisation participative du patrimoine culturel urbain en contexte fragilisé
Jury :
Marie RENOUE, Maîtresse de conférences HDR, Aix Marseille Université, Directrice de thèse
Anne BEYAERT-GESLIN, Professeure des universités, Université Bordeaux Montaigne, Rapporteur
Nicolas PUIG, Directeur de recherche, IRD Paris, Rapporteur
Nabila OULEBSIR, Professeure des universités, Université de Poitiers, Examinateur, Présidente
Emmanuel MATTEUDI, Professeur des universités, Aix Marseille Université, Examinateur
Fabien VAN GEERT, Maître de conférences, Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3, Examinateur
Résumé de la thèse :
La valorisation numérique et le classement du patrimoine culturel et matériel d’une ville constituent une tâche complexe, comme le montre le cas de Tripoli, au Liban. Cette ville revêt une importance particulière dans la région, étant la seule à avoir conservé un tissu urbain médiéval après la disparition de sites de même importance dans des pays voisins tels que la Palestine et la Syrie, notamment à Alep. Tripoli, surnommée « al-Fayhaa » (« Tripoli, l’oasis et le parfum »), doit ce qualificatif aux senteurs des fleurs d’agrumes, en particulier des orangers, et aux plantations qui dominaient la plaine littorale pendant plusieurs siècles, contribuant à la prospérité économique de la ville. Aujourd’hui, Tripoli est la deuxième plus grande ville du Liban après Beyrouth, située à 85 kilomètres au nord de cette dernière et à proximité de la frontière syrienne, où elle faisait jadis partie de l’Émirat de Seif Al-Dawla. Son nom proviendrait du grec Tripolis, en référence à sa division en trois secteurs distincts par des commerçants venant de Tyr, Sidon et Arwad (Aradis).
Historiquement, et en partie encore aujourd’hui, Tripoli partage de nombreuses pratiques culturelles avec Alep, telles que le chant, la musique et la poésie. Géographiquement, elle a toujours occupé une position stratégique, reliant la rive orientale de la Méditerranée à l’intérieur de la Syrie et aux pays arabes voisins, ce qui en fait un espace urbain et culturel majeur de la région. La ville possède d’importantes structures historiques, archéologiques et culturelles visibles dans ses quartiers, marchés, ruelles, architectures, expressions linguistiques, écriture et pratiques quotidiennes. Elle constitue également un carrefour linguistique et culturel, où coexistent plusieurs langues sémitiques (syriaque, araméen, etc.), l’arabe comme langue dominante et officielle, le français héritage du mandat, et l’anglais, langue en expansion dans les affaires et les échanges individuels.
Cette richesse soulève plusieurs questions : pourquoi l’étude des spécificités linguistiques, socioculturelles, artistiques et architecturales de Tripoli n’a-t-elle pas suscité un intérêt particulier des chercheurs ? Malgré le souhait de tous les pays de voir leurs sites naturels et culturels reconnus au patrimoine universel, quelles raisons ont empêché l’inscription de Tripoli sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ?
Tripoli a toujours été exposée aux conflits, à la présence de Daech et aux guerres dans les pays voisins, comme Alep, qui a perdu une partie de son patrimoine historique et civilisationnel. La guerre a fragilisé la ville, mais d’autres facteurs ont également contribué à la dégradation de son patrimoine : manque d’intérêt des citoyens, absence d’entretien et urbanisation rapide. La préservation du patrimoine est ainsi un enjeu politique et culturel majeur. Le 20 mars 2017, l’UNESCO, en partenariat avec la France et les Émirats, a lancé l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (ALIPH). Lors de son lancement au Louvre, le président François Hollande déclarait : « La protection du patrimoine est inséparable de la protection des vies humaines. »
Ruskin rappelait déjà : « La conservation des monuments du passé n’est pas une simple question de convenance ou de sentiment. Nous n’avons pas le droit d’y toucher. Ils ne nous appartiennent pas. [Ces monuments] appartiennent à toutes les générations futures. » Pour les préserver, il est donc nécessaire de les entretenir, de les protéger des guerres et de développer l’attachement des citoyens à leur patrimoine, afin d’en multiplier les empreintes et d’en conserver les traces.
De nouvelles questions émergent : comment protéger ces monuments dans une région ravagée par les conflits ? Comment susciter l’intérêt des habitants pour leur patrimoine et en conserver au moins les traces ou empreintes ? Les outils numériques peuvent jouer un rôle déterminant dans ce processus, en permettant de conserver, valoriser et transmettre le patrimoine culturel et artistique de Tripoli à l’ère du numérique. Ils soulèvent également des interrogations sur leur efficacité et leur fonctionnement. Quel avenir numérique pour le patrimoine de Tripoli ? Quels outils et supports utiliser pour sa transformation et sa transposition numériques ? Comment concevoir des dispositifs de réalité augmentée et intégrer le travail des artistes, peintres et photographes locaux dans ce processus de conservation numérique ?
Lieu : Aix Marseille Université - Campus Centre - Site Saint-Charles - 3 place Victor Hugo - 13331 Marseille
Bâtiment 14 Turbulence - Salle 14-007
