LESA. Soutenance* de la thèse de Daphné GUEZ

24 septembre 2026 - 14:30 / 19:00

(*) sous réserve d'autorisation de soutenance

Titre : Les mutations du rapport à l’art dans l’espace d’exposition : du white cube à l’intelligence artificielle

Jury :
Jean-Paul FOURMENTRAUX, Professeur des universités, Aix Marseille Université, Directeur de thèse
Marie RENOUE, Maîtresse de conférences HDR, Aix Marseille Université, Co-Directrice de thèse
Benjamin DERHY, Chercheur permanent, MARGE Université Lyon III Jean Moulin, Examinateur
Eric TRIQUET, Professeur des universités, Avignon Université, Rapporteur
Luciana RADUT-GAGHI, Professeure des universités, CY Cergy Paris Université, Rapporteur

Résumé de la thèse :
Si l’expérience esthétique a fait l’objet de nombreux travaux – en philosophie, en psychologie ou encore en sociologie – le rapport à l’art est, lui, un concept assez vaste. Ce dernier ne se réduit ni à une réception intellectuelle, ni à un plaisir de l’œil : il engage des dynamiques plus vastes, mêlant subjectivité, corporéité, et inscription dans un espace-temps. Il s’agit d’un processus relationnel qui ne peut être dissocié de ses conditions de manifestation : contexte, espace, médiation. Nous imaginons ainsi que le rapport à l’art se configure dans une relation tripartite entre le sujet, la production plastique et le lieu, et qu’il est façonné autant par la présence physique que par les dispositifs symboliques. Dans un monde où les repères culturels se complexifient, où les modes de communication se transforment profondément, il devient pertinent de s’interroger sur les formes que prennent aujourd’hui le rapport à l’art. Si les sciences humaines ont proposé diverses lectures de la notion, elles en soulignent également les angles morts, les possibles interprétations et les subjectivités inhérentes. Parallèlement, durant nos recherches, nous avons observé que certains terrains d’expérimentation, certaines expositions actuelles, laissaient entrevoir de nouvelles formes de rapports à l’art. Il est alors apparu pertinent de proposer une confrontation des textes aux pratiques actuelles, de réexaminer la notion faisant du sujet une partie prenante et de réexaminer le préalable d’intentionnalité comme point de départ d’une relation aux œuvres.
Dans cette perspective, plusieurs questions se posent : quels sont les ressorts de ce que l’on nomme le rapport à l’art ? Quels espaces – réels, symboliques ou imaginaires – sont mobilisés lors de cette rencontre ? Est-ce l’espace propre de la réalisation plastique, celui de son exposition, ou encore un espace subjectif, construit mentalement par le spectateur ? Et comment le temps vient-il influer sur cette dynamique ? Quelles mémoires – individuelles ou collectives – sont sollicitées, quels affects sont engagés ? Plus encore, comment rendre ce rapport à l’art accessible, signifiant, fécond pour les publics d’aujourd’hui ? Enfin, comment les nouvelles technologies – et en particulier l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle – peuvent-elles s’inscrire dans cette relation à l’art ?
Ce réseau de questionnements est d’autant plus crucial qu’il s’inscrit dans un contexte de tension entre deux pôles scénographiques : d’une part, la persistance du white cube, espace standardisé de l’exposition contemporaine, et d’autre part, l’émergence de dispositifs plus immersifs, interactifs, voire ludiques. Le premier tend parfois à figer la relation à l’art dans une posture distanciée, tandis que le second risque de détourner l’expérience esthétique vers une logique de consommation ou de divertissement. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne semblent réellement répondre au besoin fondamental d’un rapport profond, sensible et critique à l’œuvre. Notre travail s’inscrit dans ce fossé scénographique : il vise à explorer les conditions qui pourraient réactiver ce rapport au sein de l’espace d’exposition, à travers une approche qui articule scénographie, médiation culturelle, esthétique et expérience sensible. Renouveler le rapport à l’art, c’est proposer une autre manière d’habiter la rencontre avec l’œuvre, en redonnant à l’espace d’exposition sa fonction dynamique : celle de médiateur, de déclencheur, d’amplificateur du sensible.
Notre recherche se propose ainsi de déployer les différentes strates de ce rapport – sujet, œuvre, lieu – à travers une lecture transversale mobilisant les acquis de l’esthétique, de la scénographie, de la médiation, mais aussi de la psychologie cognitive et des politiques culturelles. À partir d’observations de terrain, d’études de cas et d’analyses théoriques, nous chercherons à identifier les mécanismes sensibles qui permettent de ré-enchanter cette relation, et d’imaginer des expérimentations concrètes pour la nourrir.
Nous accorderons une attention particulière à la dimension spatiale de cette relation. Loin d’être neutre, l’espace d’exposition agit silencieusement sur la perception, la posture du visiteur et les conditions d’interaction. Cet espace, souvent réduit à une fonction utilitaire ou neutralisée dans la forme du white cube, devient ici un objet de recherche à part entière. Enfin, il nous semble essentiel de questionner les médiations sensibles qui favorisent ou entravent l’établissement de ce rapport. En d’autres termes, comment l’architecture, la lumière, les dispositifs textuels ou sonores, les parcours, les temporalités, les nouvelles technologies - et plus encore aujourd’hui avec les dispositifs utilisant l’IA - participent-ils à activer (ou non) une rencontre signifiante ? Et comment repenser ces médiations non comme de simples outils d’accompagnement, mais comme des éléments constitutifs de l’expérience même ?

Lieu : Aix Marseille Université - Campus Centre - Site Saint-Charles - 3 place Victor Hugo - 13331 Marseille
Bâtiment 14 Turbulence