CGGG. Appel à contributions : séminaire Éthique et Écologie

L’éthique de la « relationnalité » et ses implications pour l’écologie

21 février 2024 08:00 / 31 mars 2024 20:00

La biodiversité actuelle est l’aboutissement d’un processus fait de fortuit et de nécessité selon des modalités principielles d’innovations et d’adaptation. Cependant, les détails de cette lente procédure sont à jamais inconnus, car disparus. Les archives du temps ne permettent pas de reconstituer la richesse de ces évènements enveloppés dans une opacité impénétrable qui tient à l’effacement qui a jalonné depuis les premiers temps le parcours du vivant sur la planète terre. S’il y a effacement, la situation de la biosphère aujourd’hui est une trace, à elle-seule, de toutes les expériences passées, des tentatives réussies ou échouées par le passé. Elle est le témoin de toutes ces expériences accumulées, et à ce titre, confère à la nature un « savoir » que les scientifiques sont dans l’impossibilité de connaître dans sa totalité.

Pourquoi parler de « savoir » de la nature[1] ? Ce que nous désignons par savoir de la nature relève de sa capacité à trouver des réponses aux problèmes qu’elle-même se pose. La réaction aux perturbations et sa capacité à s’adapter aux changements évolutifs sont le fruit d’une expérience qui nous échappe. La nature, en revanche, conserve une mémoire de son évolution, par exemple celle qui s’inscrit dans le système immunitaire des êtres vivants, qui engrangent à chaque exposition contagieuse, un savoir. C’est surtout la « coévolution » d’êtres différents qui est au fondement de cette procédure conduisant au savoir de la nature, témoin de ce savoir commun. Celle-ci peut être illustrée par un réseau de liens et de relations engageant une multitude d’autres êtres vivants et un milieu ou habitat non-vivant.

[1] Nous avons bien conscience que ce concept est polysémique et qu’il n’y a pas de définition claire du concept. Malgré cela, et par souci de simplification, le vocable « nature » sera employé pour désigner le vivant et l’univers physique qui l’entoure.

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Après un premier atelier organisé à Aix-en-Provence, qui a permis d’interroger l’hypothèse Gaïa de Lovelock Margulis comme cadre global pour penser une éthique environnementale renouvelée, nous voulons maintenant illustrer le débat théorique qui a cours dans ce champ disciplinaire à partir de l’analyse des différentes éthiques environnementales, et aborder notamment celles de la « relationnalité ». Reposant sur un réseau de relations incluant des effets de savoir, cette vision relationnelle peut-elle représenter un système philosophique mobilisable pour l’écologie ? Rappelons que l’éthique environnementale porte sur les conduites humaines à l’égard de la nature et s’efforce d’apporter des réponses concrètes aux questions qui lui sont posées. Les enjeux de la crise écologique contemporaine sont certes politiques et économiques. Mais plus fondamentalement, ils sont une question de valeurs et de relation au vivant.  En mettant l’accent sur la relation au vivant, l’humain ne peut être dissocié de la trame historique des liens tissés par la coévolution, et ses actions ne peuvent être détachées de la nature : « [A]s human beings, we are embodied in the functions of being related to the processes of natural resource degradation, by being an efficient cause.[2] » En conséquence, une éthique de la relationnalité met l’accent sur le soin des relations et des liens comme élément de réponse à la question des valeurs soulevées par la crise écologique.

[2] Baindur, M. (2015): Nature in Indian Philosophy and Cultural Traditions, New Delhi (Sophia Studies in Cross-cultural Philosophy of Traditions and Cultures), p. 207.

Dans ce cadre, les différentes questions que nous aimerions discuter tournent autour (mais ne sont pas limitées à) des sujets suivants :
–        En tout premier point, comment une vision relationnelle permet-elle de répondre aux problèmes de la philosophie écologique auxquels nous nous trouvons confrontés actuellement ?
–        Qu’en est-il des autres visions éthiques de la nature et de l’écologie ?
–        Avec la perte de la biodiversité et le changement climatique, l’écologie est devenue un facteur déterminant le comportement responsable, comment dans ce contexte associer la question de l’éthique à une écologie renouvelée qui soit agissante dans le monde de demain ?
–        Si la nature est savante, comment peut-il y avoir un échange de savoir entre elle et l’humain et comment une vision relationnelle peut-elle en rendre compte ?
–        L’idée selon laquelle la nature est détentrice d’un savoir peut-elle s’appliquer ou s’étendre à une éthique relationnelle ?
–        Quels sont les implications éthiques d’une telle hypothèse ? Quels sont les avantages/désavantages par rapport à d’autres éthiques ?
–        … ?

Nous nous réjouissons de recevoir des contributions issues de différents champs scientifiques et d’un échange interdisciplinaire. L’atelier fait partie du projet Enjeux d’une Nouvelle Éthique en Écologie (ENEE) codirigé par Thierry Rolland (AMU), Vanessa Weihgold (IZEW, UT) et Thomas Potthast, financé par l’IUT, le CGGG, le ZfW et le IZEW.
Date et lieu : 12/06 au 14/06/2024 à l’Université de Tübingen
Les frais de déplacement et d’hébergement peuvent être remboursés dans les conditions habituelles. Veuillez-nous envoyer une estimation.
Pour plus d’informations veuillez contacter vanessa.weihgold@izew.uni-tuebingen.de
Veuillez envoyer les résumés de contributions d’un maximum de 1500 caractères, et un bref CV, jusqu’au 31 mars 2024 à vanessa.weihgold@izew.uni-tuebingen.de
Pour plus d’informations : https://uni-tuebingen.de/fr/254183

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