SFR. Humanités environnementales en Asie du Sud

27 mars 2026 14:30 / 17:00

Faculté ALLSH_Campus Schuman_Le Cube_Salle 201

Faire la ville, défaire le fleuve : politiques urbaines et représentations de la Yamuna à Delhi

Cette communication part d’un paradoxe : la ville de Delhi est construite sur les rives de la Yamuna, fleuve qui a une grande importance religieuse et historique, mais semble pourtant lui tourner le dos, le fleuve étant largement absent de l’expérience et de l’imagination contemporaine de la ville. L’écrivain Rana Dasgupta, entre autres, fait le constat du « déni » de la Yamuna par les habitants de la capitale indienne, devenu filet toxique d’eaux usées et d’effluents chimiques. Ce divorce symbolique entre la ville et le fleuve trouverait en partie son origine dans les politiques urbaines coloniales qui, tout en puisant l’eau du fleuve pour approvisionner la ville,  développèrent la nouvelle capitale impériale loin de la Yamuna, dont le paysage était jugé déplaisant.

Toutefois, ce récit de rupture mérite d’être nuancé : en effet, depuis le début des années 2010, la Yamuna et ses rives sont devenus des enjeux politique et symbolique forts, partie prenante de politiques urbaines visant à faire de Delhi une « world-class city ». Ces projets visent à intégrer le fleuve à la ville en transformant des ressources communes (l’eau mais aussi la plaine inondable qui borde le fleuve) en marchandises (Sharan 2015, Baviskar 2020). Des voix s’élèvent contre ces grands projets, soulignant à la fois leur impact écologique faible voire négatif, mais aussi l’exclusion des classes populaires, de leurs pratiques (notamment agricoles) et de leurs expériences du fleuve.

S’inspirant de l’écologie politique et s’appuyant sur diverses sources (essais et récits graphiques, articles de presse, rapports d’ONG, entretiens, photographies), ce travail vise à analyser ces discours émergents sur la relation de la ville au fleuve, allant de l’environnementalisme bourgeois à la justice environnementale, tout en mettant en lumière les rapports sociaux et économiques qui les sous-tendent.

Marianne Hillion est maîtresse de conférences à l’université de Strasbourg, où elle enseigne l’histoire et la littérature postcoloniale. Ses travaux de recherche se situent à la croisée de la littérature postcoloniale et des études urbaines, avec un intérêt particulier pour la fiction et la non-fiction sur les villes indiennes au XXIème siècle. Elle a publié plusieurs articles sur le développement inégal de Delhi, Kolkata et Londres dans les revues Etudes Anglaises, Postcolonial Literatures and Arts, Etudes britanniques contemporaines et la collection Ecotones. Elle est l’autrice un ouvrage sur Midnight’s Children de Salman Rushdie (Atlande 2023).

Organisateurs :
Alice BYRNE : alice.byrne@univ-amu.fr
Damien CARRIERE : damien.carriere@univ-amu.fr

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