Relations, Environnement, Paysage en Asie du Sud. Séminaire

Financement : Interdisciplinaires SFR
Date de début : janvier 2026
Date de fin : octobre 2026

Porteur.e.s du projet

Alice Byrne, MCF (Laboratoire d’études et de recherche sur le monde anglophone, LERMA, UR 853, Aix Marseille Université)
Damien Carrière, MCF, (Institut de recherches asiatiques, IRASIA, UR 7306, Aix Marseille Université)
Philippe Ramirez, DR, (Institut de recherches asiatiques, IRASIA, UR 7306 du CNRS, Aix Marseille Université)
Carmen Sylvia Spiers, MCF, (Textes et documents de la Méditerranée antique et médiévale, TDMAM, UMR 1467, Aix Marseille Université)

Budget

1.500 euros

La mise en exploitation du monde, rendue possible par le colonialisme et les dynamiques dévorantes du capitalisme, a engendré les crises écologiques contemporaines dont le réchauffement climatique n’est qu’une manifestation parmi d’autres. Cette exploitation a une histoire, une sociologie et même une diplomatie ; elle s’est déployée selon des modes multiples, non linéaires, et souvent tâtonnants. Les humanités
environnementales visent précisément à restituer aux crises leurs causes et leurs conséquences humaines, en explorant comment, des conceptions classiques de l’environnement – ici dans les mondes indiens — aux approches internationales contemporaines, la domination de la nature procède d’une histoire contingente et située.

En Asie du Sud, cette approche est particulièrement féconde. La région constitue à la fois un espace où l’environnement est pensé depuis le début des civilisations, un champ où il est disputé, et une zone aujourd’hui parmi les plus exposées aux risques écologiques tout en demeurant l’une des plus engagées dans l’exploitation intensive du monde. Les États du sous-continent — Inde, Bangladesh, Pakistan, Sri Lanka, Népal, Bhoutan — partagent une histoire coloniale commune où les régimes de savoir sur la nature (forêts, eau, climat, santé) ont été d’abord construits, puis changés instrumentalisés à des fins de contrôle territorial et social sous l’influence coloniale. Ces héritages se lisent encore dans les formes d’aménagement. Le colonialisme interne, les politiques de développement imposées aux dépens des habitants comme des limites planétaires, prolongent une logique d’extraction et de dépassement toujours plus forcené, enrôlant progressivement les périphéries dans la machine productive.

L’enjeu est aussi géopolitique. Les rivalités régionales renforcent la fermeture des espaces nationaux et la militarisation des marges. En Inde, par exemple, la corrélation entre les investissements routiers — nécessaires au transport des troupes et des biens — et la proximité des frontières conflictuelles (Pakistan, Chine) illustre la façon dont les logiques de sécurité contribuent à relier6, puis à détruire, des espaces autrefois non-connectés aux réseaux nationaux. Ces dynamiques révèlent la manière dont les infrastructures, les flux matériels et les imaginaires de la souveraineté participent ensemble à la fabrique contemporaine des territoires écologiques.

Partant des pôles que sont l’IrAsia (Institut de recherche sur l’Asie), le LERMA (Laboratoire d’études et de recherche sur le monde anglophone) et le TDMAM (Textes et documents de la Méditerranée antique et médiévale — Centre Paul-Albert Février — MMSH), et forts d’un an de collaboration inter-laboratoires ayant donné lieu à trois manifestations scientifiques communes, nous souhaitons structurer et pérenniser un réseau de recherche et d’échange sur l’Asie du Sud. Ce projet vise à constituer un pôle interdisciplinaire sur les humanités environnementales, intégrant approches anthropologiques et historiques, perspectives géographiques et diplomatiques, et sciences de l’environnement. Il offre un cadre de réflexion collectif sur la production, la circulation et la contestation des savoirs écologiques dans un espace où se jouent, plus qu’ailleurs, les futurs du monde habitable.